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Governo Italiano

L'Europe au-delà du référendum français

Data:

27/05/2005


L'Europe au-delà du référendum français

26 maggio 2005 -*Écouter la voix du peuple souverain, surtout lorsque les contenus de la réponse populaire exprimée par le vote ne correspondent pas aux sollicitations des gouvernants - la campagne en cours pour le référendum sur la Constitution européenne - qui se tiendra sous peu en France, mais également dans d'autres pays du continent, témoigne de manière extrêmement actuelle de la vitalité de ce principe fondamental pour le bon fonctionnement de la démocratie représentative.

Inutile de préciser que nous espérons en une victoire du oui et que nous mettons tout en oeuvre pour que cet espoir devienne une réalité. En même temps, nous sommes tenus (j'entends par là les dirigeants européens) de nous interroger sur la signification et les conséquences d'un succès du front du refus, un succès qui ne saurait être sous-estimé au vu du climat d'incertitude de la veille. Si les Français disaient non au deuxième traité de Rome, cela signifierait que nous avons peut-être produit plus d'Europe que les Européens, ou du moins une partie d'entre eux, ne sont en mesure de consommer. Cela signifierait que, peut-être, cette fois-ci l'intendance n'a pas suivi. Indépendamment de l'issue des référendums, si une partie aussi considérable des opinions publiques de plus d'un pays membre est désorientée, cela veut dire que nous n'avons pas toujours réussi à faire passer le message de l'importance d'un traité constitutionnel fixant le sens et l'identité de l'Union européenne et adaptant parallèlement ses institutions à la nouvelle donne historique d'une réunification européenne enfin réalisée.

Il ne fait aucun doute qu'une direction digne de ce nom ne saurait se permettre de rester à la fenêtre pendant que le résultat des référendums en cours risque de remettre en question le projet européen, à savoir l'achèvement d'une construction unique en son genre, qui a su assurer la paix et la prospérité au cours des dernières décennies et sur laquelle reposent les espoirs de liberté, de progrès et de sécurité des futures générations de citoyens européens.

Je crois pouvoir affirmer que je connais bien le traité que les électeurs français sont en train d'examiner de manière aussi minutieuse que passionnée en vue du vote de dimanche prochain. J'ai participé en qualité de représentant du gouvernement italien aux travaux de la Convention qui a élaboré les premières propositions ; j'ai suivi de près les négociations de la Conférence intergouvernementale qui a sanctionné l'accord sur le texte définitif, sous les auspices de la présidence italienne du second semestre de 2003 qui avait ouvert les travaux de la Conférence ; j'ai participé, en qualité de ministre des Affaires étrangères, au débat parlementaire à l'issue duquel la Chambre des députés et le Sénat de la République ont approuvé à une majorité écrasante la ratification italienne. Il s'agit d'un texte de compromis - il ne pouvait qu'en être ainsi - qui présente des lacunes dans une certaine mesure inévitables. Malgré cela, le traité constitutionnel est un document réaliste et ambitieux, sûrement en mesure d'assurer un fonctionnement organisé de l'Union élargie, mais également d'identifier les valeurs et les objectifs communs dans le plein respect des identités nationales. Ces identités nationales doivent être valorisées et non pas mortifiées par la souveraineté partagée, qui sous-tend toute la construction européenne.

D'ailleurs, l'évolution des campagnes référendaires en cours et la diversité même des arguments avancés par les opposants au traité révèlent un malaise qui va au-delà des scénarios constitutionnels ; un malaise que le leadership européen ne saurait ignorer. L'Europe traverse, depuis des années, une phase de croissance insuffisante liée à des facteurs structurels (il suffit de songer au vieillissement de la population et à la baisse démographique qui caractérisent aussi bien les anciens que les nouveaux pays membres), alors que les clivages sociaux ont tendance à s'accentuer, ce qui complique davantage l'inévitable adaptation des systèmes de protection et de Sécurité sociale. Autant de phénomènes que la révolution technologique des années 90 et la mondialisation (culturelle, avant même d'être économique et financière) ont contribué à intensifier. Par ailleurs, l'abattement progressif et inéluctable des barrières traditionnelles accroît non seulement la compétition économique, mais également la pression de flux migratoires qui ne cessent d'augmenter - ce qui accentue la soif d'identité et de repères sûrs des populations. C'est de cette demande identitaire qu'est née l'instance italienne - restée, hélas, lettre morte - d'inclure dans le préambule du traité une référence plus explicite aux racines chrétiennes de l'Europe. L'intégration et les institutions européennes ont permis d'atténuer en partie l'impact négatif de ces phénomènes ; l'intégration et les institutions européennes sont, par contre, perçues comme étant à l'origine de situations dont les raisons doivent être recherchées ailleurs.

Ceci étant, on attribue à l'échec éventuel du référendum français des conséquences paradoxales. Nul doute que le non d'un des pays fondateurs au traité constitutionnel marquerait un arrêt très grave, qui nous imposerait des réflexions nullement évidentes sur la meilleure manière de préserver le legs constituant de la Convention et de la CIG. Nul doute aussi que cet échec ne marquerait pas la fin du projet européen, préconisée par une multitude hétérogène de mouvements opposés les uns aux autres, dont la capacité de contester et d'avancer des critiques destructives n'a d'égal que l'incapacité de proposer des alternatives crédibles pour l'avenir de notre continent, de ses nations, de ses citoyens. Le titre provocateur de «malade de l'Europe» sur la couverture que The Economist a consacrée, il y a quelques jours, à l'Italie, a justement fait un grand bruit. Une provocation réductive et trompeuse car, en ce moment, c'est l'Europe tout entière, et non seulement l'Italie, qui connaît un malaise obscur et profond. Ce malaise n'est toutefois pas incurable parce que, même en cas de blocage des procédures de ratification du traité constitutionnel (qui reste à mon avis fort improbable), l'Europe dispose des ressources et des moyens pour surmonter cette crise (comme elle l'a déjà fait autrefois) et poursuivre son chemin avec un élan renouvelé. Pour ce faire, toutefois, sérieux, rigueur, responsabilité, courage de la vérité s'imposent. Il faut réaffirmer avec d'autant plus de persuasion et de conviction que la paix, la liberté, la démocratie, le progrès civil dont nous jouissons aujourd'hui ne sont durables qu'à condition de mener à bien le projet que nous ont transmis les pères fondateurs, en respectant jusqu'au bout l'héritage d'un continent ressuscité des ruines matérielles et spirituelles de la guerre mondiale grâce aussi au soutien fondamental des États-Unis.

Bref, il faut un mouvement d'orgueil, que le président Ciampi a sollicité à juste titre des pères fondateurs, pour relancer l'actualité d'une vision politique que résume très bien la devise choisie par la Convention pour l'Union européenne du nouveau millénaire : une Europe «unie dans la diversité». Le gouvernement italien veut être prêt à relever ce défi.
* Ministre italien des Affaires étrangères.


Luogo:

Rome

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